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LA "RETIRADA"

LA "RETIRADA"
Ils étaient parmis eux...

lundi 21 janvier 2008

« ON EST SORTI DE L'OUBLI »

HISTOIRE. --Le 20 août 1940, un convoi de 927 réfugiés espagnols quitte Angoulême pour Mauthausen, en Autriche. Le premier train vers un camp de concentration nazi.

«Un jour, on nous a dit que les Allemands voulaient nous emmener en Hollande. Ma mère s'apprêtait à y aller. J'ai échappé de peu au camp de Mauthausen. » Jean Paredes se souvient précisément de ce moment d'août 1940, où les Allemands sont venus chercher 927 Espagnols, réfugiés en France après la victoire du général Franco en Espagne.
À l'époque, sa mère travaille dans un restaurant. Son employeur la met alors en garde sur ce convoi mystérieux. « Je vois encore les gens descendre l'avenue Gambetta en direction de la gare d'Angoulême. J'étais peiné de voir que mes copains allaient vivre une aventure et que moi je restais. Je les ai accompagnés jusqu'à la gare, et je les ai vus embarquer, avec leurs colis », raconte Jean Paredes debout devant la stèle qui, placée près de la gare, représente la mémoire des 927 réfugiés espagnols partis pour Mauthausen. Ce samedi matin, dans le vent froid, ils sont nombreux, toutes générations confondues à se remémorer ce drame de l'histoire.


Triangle des apatrides. Ce train qui partit d'Angoulême le 20 août 1940 fut le premier train en partance pour les camps de concentration nazis, préfigurant les atrocités de l'Holocauste. Après quatre jours et quatre nuits dans des wagons à bestiaux, les 927 déportés espagnols arrivent dans la ville autrichienne de Mauthausen. José Alcubierre, âgé aujourd'hui de 83 ans et rescapé de Mauthausen raconte. « J'ai demandé à mon père où on était. Mais on ne savait pas. On est resté plusieurs heures dans les wagons. Et puis, ils ont ouvert les portes, et on a vu des SS. Les femmes et les enfants sont restés dans le train et on les a renvoyés à Franco. Nous, les hommes, ils nous ont donné tout de suite le triangle bleu à accrocher sur nos habits, le triangle des apatrides. »
Apatrides : c'est comme ça que Franco considérait ces Républicains qui quittèrent l'Espagne à la fin de la guerre civile en 1939. Ils furent environ 500 000 à fuir le régime et à se réfugier dans le sud-ouest de la France. Beaucoup ont atterri en Poitou-Charentes. Moins d'un an après, l'armée allemande envahit la France. Le régime nazi, allié de Franco et alors seul maître à bord du vaisseau France, décide de déporter les réfugiés espagnols. Le camp de Mauthausen, situé sur une immense carrière de granit, employait les déportés et les exterminait par le travail.
« C'est d'ici que nous sommes partis, de cette gare d'Angoulême, témoigne Jesus Tello, un autre rescapé. J'entends encore le cri des hommes et des chiens entre les wagons tandis qu'ils séparaient les enfants de plus de 10 ans et les hommes des femmes et des petits. Ensuite nous n'étions plus rien, juste un numéro? le mien était 3841. »
José Alcubierre, Jesus Tello et d'autres espagnols arrivés avec eux au camp sont affectés au kommando Poschacher. Ils sont chaque jour envoyés dans une carrière située à l'extérieur du camp. Francisco Boix, un autre détenu espagnol et photographe de profession, rejoint à partir de 1942 le service de l'identification du camp et est ainsi amené à réaliser des clichés de celui-ci.
Au péril de leur vie, les jeunes Espagnols qui travaillent à l'extérieur du camp réussissent à extraire les photos d'archives SS de Mauthausen et à les confier à une Autrichienne qui les dissimule chez elle jusqu'à la Libération. Les précieuses photos ont plus tard servi de preuve au procès de Nuremberg.


Un long silence. Sur les 927 Espagnols du convoi, 73 sont revenus. Les femmes et les enfants envoyés à Franco n'ont jamais été retrouvés.
José Alcubierre a mis longtemps à parler de Mauthausen. « Les gens savaient que j'étais parti. Mais personne ne savait ce que j'avais vécu, même pas ma femme et mes enfants », explique José. Avec le temps, les langues se sont déliées. José Alcubierre est même retourné trois fois à Mauthausen. La dernière fois, il y accompagnait un groupe de jeunes élèves barcelonais.
L'association des Espagnols de Charente, avec à sa tête, Gregorio Lazaro, a longtemps ?uvré pour que ce drame ne tombe pas dans l'oubli. « Nos anciens avaient tellement souffert qu'ils ne voulaient pas en parler, mais nous voulions qu'au contraire, les générations de maintenant connaissent ce terrible passé afin que cela ne se reproduise pas. »
Dotés d'une volonté de fer, les membres de l'association (140 au total) motivés ont réussi l'exploit pour cette grande communauté espagnole charentaise : ériger une stèle en souvenir des 927. Devant les officiels de la ville, de la Région et du Département mais aussi de la Généralité catalane, ils ont levé le voile du souvenir.
« J'ai vécu longtemps dans le monde associatif, confie Jean Paredes, mais cette association a fait un travail extraordinaire. C'est une journée triste, mais elle nous permet aussi d'être un peu soulagés. Nous sommes les derniers, si l'association n'avait pas réussi ce coup, notre histoire serait tombée dans l'oubli. »

Marie Reignier, Emmanuelle Chiron Journal SUD OUEST du 21 janvier 2007

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