A tous les enfants et petits enfants des combattants de l'armée de la République Espagnole,et des forces antifacistes:
Guerilléros,
Brigadistas,
Socialistes,
Communistes,
Anarchistes de la FAI,
Membres du POUM,
Syndicalistes de la CNT
Francs Maçons,
réfugiés de tous
âges, et à tous ceux qui ont combattu pour la Liberté durant la Guerre Civile d' ESPAGNE de 1936, ce blog vous est ouvert pour raconter ou découvrir
LA MÉMOIRE DE NOS PÈRES.


Pour éditer vos documents et témoignages dans ce blog écrivez à l'adresse email ci-dessous, vous pouvez aussi répondre directement dans la rubrique commentaires en fin d'article:
vrann.dansief@gmail.com

LA "RETIRADA"

LA "RETIRADA"
Ils étaient parmis eux...

jeudi 24 janvier 2008

TRIANGLE BLEU


Entrée du camp de MAUTHAUSEN


Ces Espagnols que la France avait livrés à Hitler...
Ils portaient le triangle bleu...
Parmi les déportés du camp de Mauthausen libérés en mai 1945 par les soldats américains se trouvaient 2000 Espagnols, derniers survivants des 7300 combattants républicains réfugiés en France et que Vichy avait abandonnés aux nazis

Le 5 mai 1945, dans la matinée, les premiers détachements de la 11e division blindée américaine (armée Patton) pénètrent dans Linz, sur le Danube autrichien. Vers midi, une patrouille de deux véhicules blindés se présente à l'entrée du camp de concentration de Mauthausen, déserté par les gardiens SS. L'approche de cette patrouille suscite une intense effervescence à l'intérieur du camp. Pleurant de joie, criant et hurlant, les détenus encore valides sortent des blocks, envahissent la place d'appel, grimpent sur les toits et les miradors. Un drapeau aux couleurs de la République espagnole est hissé au grand mat. Une immense banderole est déployée sur le fronton du portail par des déportés portant sur leur chemise rayée un triangle bleu frappé de la lettre S, pour Spanier (Espagnol). «Los Españoles antifascistas saludan a las fuerzas liberadoras», lit-on sur cette bande de toile.
Pourquoi ce triangle bleu porté par ces Espagnols alors que la plupart des autres déportés arborent des triangles rouges réservés aux politiques et aux résistants? Pourquoi cette inscription en castillan? Pourquoi ce drapeau républicain espagnol?
Dès la fin du printemps 1939, le gouvernement français, en quête de main-d'œuvre, recrute des réfugiés espagnols dans les camps où ils avaient été internés après la Retirada (1). Il met ces compagnies de travailleurs étrangers (CTE) à la disposition des armées. Fin avril 1940, 55000 ex-miliciens sont intégrés dans ces unités. Ils se retrouvent dans la zone des combats, de Dunkerque à Belfort, affectés à des travaux de fortification. Lors de l'avancée des troupes allemandes au printemps 1940, plus de 10000 sont faits prisonniers et dirigés dans des stalags, en France ou en Allemagne.



Initialement, dans ces camps de prisonniers, les Espagnols sont mélangés avec leurs camarades français. Mais, en tant qu'antifascistes ressortissant d'une puissance amie du Reich, les Allemands les considèrent comme des ennemis politiques. Passibles de ce fait d'un traitement spécial, on les sépare des Français (2). La Gestapo, après des interrogatoires parfois brutaux, prend la décision de déporter ces «Rouges espagnols» en camp de concentration.
Le camp choisi est Mauthausen, Vernichtungslager, «camp d'extermination» réservé aux détenus jugés irrécupérables. Le 6 août 1940, moins de six semaines après la signature de l'armistice, le premier convoi de déportés arrive dans ce camp en provenance du Stalag VII-A de Moosburg. Il amène 398 Espagnols, anciens de différentes CTE. Immatriculés, ils reçoivent non pas le triangle rouge des déportés politiques mais un triangle bleu, celui des apatrides, n'étant pas reconnus comme ressortissants par le gouvernement espagnol. Ce sont les premiers des 7300 combattants républicains qui, de 1940 à 1945, seront déportés dans le camp central ou dans ses Kommandos satellites, dont le sinistre Gusen.
D'août 1940 à décembre 1941, avant l'arrivée des déportés politiques et résistants, 63 convois suivront, transportant 95% du total des déportés espagnols. Ils proviennent tous des stalags d'Allemagne et de France, sauf un, qui arrive du camp de réfugiés des Alliers, près d'Angoulême. Dans ce centre d'internement, 927 hommes, femmes et enfants sont embarqués le 20 août par les Allemands en direction de Mauthausen, où ils arriveront le 24. C'est le premier convoi de déportés civils en provenance de l'Europe de l'Ouest. Les SS font descendre des wagons 470 hommes et adolescents de plus de 13 ans. Les femmes et les enfants sont refoulés… vers l'Espagne. Une cinquantaine seulement de ces hommes survivront.
A Mauthausen, tout était organisé pour qu'il n'y ait pas de survivants. A l'arrivée, le commandant du camp accueillait les déportés par ces mots: «Vous qui avez franchi cette porte, perdez tout espoir de sortir d'ici. Votre sortie se fera par là», disait-il en montrant la fumée qui se dégageait de la cheminée du four crématoire. Sur les 7300 Espagnols déportés, seuls 2000 survécurent (3): une mortalité de 70%, un des taux les plus élevés des victimes de la déportation.
En cette année du soixantième anniversaire de la libération des camps, ces Espagnols, abandonnés de tous, méritent enfin d'être sortis de l'oubli; eux qui, surtout dans les prémices de la Seconde Guerre mondiale, furent les premiers à se dresser contre le fascisme.
Michel Roquejeoffre

(1) Fin janvier-début février 1939, 453000 Espagnols, dont 270000 militaires, franchissent les Pyrénées, fuyant la guerre civile, à la recherche d'un refuge en France. Ils sont «hébergés» dans des camps, principalement dans le Sud-Ouest et le Roussillon.
(2) Le gouvernement de Vichy ne demanda pas pour eux l'application des lois de la guerre.
(3) Le 26 août 1940, Jose Marfil-Esalona fut le premier des 5300 morts. Ses camarades observèrent une minute de silence devant les SS stupéfaits.

Michel Roquejeoffre
Le Nouvel Observateur

1 commentaire:

Anonyme a dit…

wééé vive la liberté lol :D