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LA "RETIRADA"

LA "RETIRADA"
Ils étaient parmis eux...

jeudi 23 avril 2009

ENFIN LE TEMOIGNAGE TANT ATTENDU PAR NOTRE BLOG

Chers Compatriotes,
Voilà le vécu que je souhaitai voir apparaître depuis longtemps sur mon blog.
Entre autre et en particulier sur la transmission de la langue Catalane et Castillane à nos enfants. Lulli à fait mouche je l'en remercie de tout mon cœur car cela m'a particulièrement touché. Je publie en entier et sans retouches le texte de notre compatriote, et je l'invite à nous écrire autant qu'elle le voudra.
Maravillas.

"Penchée, sur la rambarde en fer forgé au sixième en dessous, où gronde la ville et pulse son cœur battant. Hurler silencieusement sa douleur, sur un mètre carré. Le poison de la mémoire, la folie des répétitions candides. Le trajet de l’exil mille fois rejoué, Girona, la Jonquera, Argelès. Les navires brûlés, les « nuls retours possibles » et le deuil impossible.

Al finestret, dressée, carrer de Girona. Vestale, gardienne. Vengeresse et démunie. Reine et manant. Land and freedom. La langue liée de tant de larmes et de cailloux roulés en gorge, un désespoir innommable. Une capitale perdue. Une lignée. Mes ancêtres, ma famille. Une vie qui brûle et danse, livrée à la consommation irrespectueuse, que la bêtise et la cupidité dissimulent à la sensibilité de ceux qui, la parcourant émerveillés, ne savent plus son drame passé. Et croient la connaitre, venus de nulle part, parce qu’elle les prend et les absorbe, comme ses enfants.

Mais moi, moi qui suis si proche, moi qui connais ses recoins les plus intimes, et jusqu’à la saveur minérale de sa sève, moi, elle me rejette, parce qu’elle a tiré un trait, tournée vers l’avenir, résolument moderne, petit burito endurant, elle va de l’avant, avec ses atours rouge sang et or flamme. Elle fait semblant de faire siens des français, des allemands, des anglais et des de tous les coins du monde. Mais moi, moi qui suis issue de la chair de ma mère qui se cachait sous les matelas pour fuir les bombardements, moi, elle voudrait me faire croire que je ne suis que de passatge ? NON !

Je n’ai rien oublié. J’ai tout recueilli. Toute la vie d’avant 1936 coule en moi. Toute la guerre civile. Et celle que j’ai rajoutée depuis la mort de Franco. Depuis je suis retournée vers elle, alors que ce qu’on m’avait transmis était enkysté dans des noyaux muets de douleur dévastatrice. J’ai fait tout ce trajet, en ouvrant les silences de ce que nous portions alors : l’exil et l’intégration. Cette marée de souffrance.

Je me sens repoussée, mais par moments, je prends la mesure de « ma » ville. Je navigue, au marché, je tiens la main de ma mère, de ma grand-mère, je sais reconnaitre la langue, l’entendre. « Una mica de moungets. » Avec de l’intelligence, ils me croient des leurs. Il suffit de faire des signes et des mimiques, de lancer quelques mots. A Montjuic, je sais que je vis, profondément enracinée dans le jardin des cactées, les yeux plongés dans le port industriel. La paix coule en moi. Je suis à la maison.

Pourtant, avec tous tes touristes, toi, qui me prends pour un d’entre-eux, tu ne veux pas savoir ce que j’ai enduré en France, quand ils m’ont obligée de ne plus parler Catala pour m’intégrer. J’avais sept ans, le feu de dieu, l’intelligence, la création et ils m’ont trouvée suspecte, en me méprisant. Et maintenant, tu oses ? Toi, et tous tes habitants ? Ceux qui croient qu’il suffit de payer des loyers exorbitants pour giter dans ton ventre et parler, mieux que moi, ce catalan qu’on a arraché de ma bouche en me trouant le cœur. Et qui n’en n’ont rien à faire de la guerre d’Espagne. Tu crois t’en tirer comme ça ?

Je mettrais ces paroles en catalan, je les inscrirais en lettres de feu, place de Catalunya, et ils clignoteront comme à L.A ou Niou llorc, conne que tu es ! Vaniteuse et mégalo ! Ils clignoteront sur toutes les folies géniales et créatrices que tes habitants savent engendrer et que tu portes comme un étendard. Je te déteste de me faire autant de mal !

Barcelona, ma vie. Ma mémoire. Mon écueil. Ma douleur. Mon chemin sans cesse répété vers des retrouvailles tronquées.

Barcelona, mon exil infernal, quand tu me fais touriste, alors que je suis ta petite fille, vivant dans les flancs émaciés de ma mère qui fuit les bombardements, jusqu’à cette frontière, où à chacun de mes anniversaires, je commémore et célèbre, la retirada, en pleurant."

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