A tous les enfants et petits enfants des combattants de l'armée de la République Espagnole,et des forces antifacistes:
Guerilléros,
Brigadistas,
Socialistes,
Communistes,
Anarchistes de la FAI,
Membres du POUM,
Syndicalistes de la CNT
Francs Maçons,
réfugiés de tous
âges, et à tous ceux qui ont combattu pour la Liberté durant la Guerre Civile d' ESPAGNE de 1936, ce blog vous est ouvert pour raconter ou découvrir
LA MÉMOIRE DE NOS PÈRES.


Pour éditer vos documents et témoignages dans ce blog écrivez à l'adresse email ci-dessous, vous pouvez aussi répondre directement dans la rubrique commentaires en fin d'article:
vrann.dansief@gmail.com

LA "RETIRADA"

LA "RETIRADA"
Ils étaient parmis eux...

samedi 18 juillet 2009

6299 Mat Mauthausen: UN CATALAN CONNU

2009, année ARNAL !
Année Qui ?… Année Quoi ?…

( un article de Philippe Guillen )

Eh oui ! Arnal est bien méconnu aujourd’hui, et pourtant…..
Pourtant, souvenez-vous espiègles Vaillants, rappelez-vous joyeuses Vaillantes, vous l’avez bien connu autrefois. Mais bien sûr, me direz-vous : Arnal, c’est le père de Pif, de Placid et Muzo et de tant d’autres encore. Bref, l’un des grands noms de la BD de l’après-guerre ! Ses personnages et leurs aventures ont marqué les jeunes années de beaucoup d’entre nous.
S’il n’avait pas eu la mauvaise idée de disparaître en 1982, Arnal aurait eu 100 ans cette année. Rendons lui justice et sortons-le de l’oubli ! Pour de nombreuses raisons, il le mérite.
.
Tout d’abord une précision : combien savent que ce dessinateur se nommait en fait, José Cabrero Arnal ? Qu’il est né à Barcelone, un 6 septembre 1909, de parents aragonais venus en Catalogne pour des raisons économiques, D’abord ouvrier-ébéniste, José devient mécanicien (de machine à calculer) puis se lance dans la Bande Dessinée. Nous sommes alors au tout début des années 30 et l’Espagne vient d’en finir avec une Monarchie, à esprit étriqué, passéiste, pour choisir la République (en avril 1931).
C’est durant ces années là que notre jeune Arnal publie ses premières planches . A Barcelone, ville bouillonnante, cœur économique du pays, quelques revues spécialisées destinées aux enfants (les »illustrés » disait-on en France) lui ont ouvert leurs portes . C’est ainsi qu’il dessine pour :
- Mickey, version espagnole (preuve de son talent ; la sélection était rude)
- TBO (célèbre revue qui donnera d’ailleurs son nom à la BD espagnole)
- KKO ,
- ou pour Pocholo.
C’est dans cette dernière revue qu’il crée « Top el perro » -l’ancêtre ou papa de Pif- qui devient le héros d’un album : « les voyages extraordinaires du chien Top ». Un autre album paraîtra aussi sous ce titre: « Guerra en el pais de los insectos » ( guerra : prémonition ?).
Sa carrière est maintenant lancée. Il n’a qu’une vingtaine d’années et il est promis à un bel avenir .
Pourtant, le 18 juillet 1936, les généraux fascistes espagnols tentent un coup d’état. Le putsch est raté mais ce sont les débuts d’une sanglante et fratricide guerre civile de 3 ans. Arnal , comme bon nombre de ses amis de Pocholo ° choisit son camp: il se range du côté de la République !
En 39 le milicien républicain José Cabrero Arnal connaît la défaite et comme tant d’autres, la « Retirada » : l’exil et de l’autre côté des Pyrénées, les camps du mépris (il est interné à Argeles). Lorsqu’il en sort c’est pour rejoindre les Compagnies de Travailleurs Etrangers (CTE) mais très vite il est fait prisonnier par les soldats allemands qui viennent d’envahir la France. Il est envoyé au Stalag et de là, déporté à Mauthausen (où il arrive le 27 janvier 1941). Dès lors il n’est plus qu’un matricule – le 6.299 – et travaille au magasin des vêtements du camp de la mort. C’est à ses talents de dessinateur, racontera-t-il plus tard, qu’il doit sa survie dans un camp où l’espérance de « vie » est pourtant très très courte .
Après sa libération, en mai 1945, il gagne Paris et , lui qui vient d’échapper à l’enfer, connaît la misère, les nuits sur un banc…
« Cuando volvi de Mauthausen pasé mucho tiempo, muchas noches dormia en un banco. No tenia otro vestido que el de deportado y asi me paseaba por Paris. La gente, en el metro, por la calle me daba dinero por la pinta que tenia. Vivia en plena miseria. De tanto en tanto, dormia en un hotel donde via como saltaban los chinches desde el techo… » °
Il rencontre sa femme et, en 1946, Arnal est embauché par l’Humanité et l’Humanité dimanche, son supplément hebdomadaire. C’est dans les pages de ce journal communiste qu’il crée Clopinet le canard, mais surtout Pif le chien ( premier strip ° un 28 mars 1948). Le sympathique toutou succède à Félix le chat qui disparaît donc : nous sommes en pleine Guerre froide et les origines américaines de Félix n’ont pas joué en sa faveur. Au même moment et parce qu’il est catalogué communiste – un rojo-, les autorités refusent de donner à Arnal la nationalité francaise. Quand la grande Histoire cogne dans la petite !..
Arnal collabore aussi à Vaillant, journal proche du PC (le peintre et résistant René Moreu en est le rédacteur en chef), pour lequel il imagine Placid et Muzo. Mais le succés de son premier personnage est si grand qu’en 1965 , Vaillant est sous titré « le journal de Pif le chien » et sera même rebaptisé . En 1969, il devient « Pif gadget » .
José Cabrero Arnal meurt à Antibes, un 7 septembre 1982 (quasiment le jour de ses 73 ans), mais son œuvre lui survit, d’autant qu’avant sa mort même, et du fait de la fragilité de sa santé (séquelles des camps), d’autres lui succèdent et continuent Pif, Hercule, ou Placid et Muzo. Et si l’on ne doit en citer qu’un, souvenons-nous de Roger Mars qui donne un fils au fameux toutou : Pifou (célèbre pour son talent oratoire: « Glop, glop !ou, Pas glop !»)

Finalement c’est un peu grâce à Arnal, le petit catalan à grande imagination et aux doigts d’or, grâce au succés populaire de son chien de papier, que de jeunes dessinateurs vont être publiés ( d’abord dans Pif ) et leurs personnages connus. Merci donc à José Cabrero ARNAL pour Rahan, docteur Justice, Corto Maltese, Loup noir, le concombre masqué, Dicentim le petit Franc, Gai luron, la jungle en folie, Arthur le fantôme, Tristus et rigolus, le grélé 7-13, Corinne et Jeannot, les pionniers de l’espérance, Jérémy et Fils de Chine °…

Muchas gracias Arnal, y viva la Republica !

°1. après la défaite de son camp la revue Pocholo disparaît. TBO , quant à elle, continue sous les années de plomb franquistes.

°2. dans « Les catalans dans les camps nazis » - Montserrat Roig –

° 3. « strip » : terme désignant une bande ou ligne horizontale de 3 ou 4 cases, particulièrement adaptée à la publication en Presse écrite.

° 4. dans cet ordre, leurs auteurs (Grands de la BD) = Chéret et Lécureux, Marcello et Ollivier, Hugo Pratt, Kline et Ollivier, Mandryka, Kamb, Gotlib, Mic Delinx et Godard, Cezard (2 fois) Nortier et Lécureux,Tabary, Poivet, Paul Gillon.


Bibliographie =
Histoire du journal et des éditions Vaillant – Henri Filippini – Ed Glénat.
Une vie de Pif – René Moreu – Messidor/La Farandole
Les catalans dans les camps nazis – Montserrat Roig _
Un site =
perioderouge@orange.fr

Aucun commentaire: